Mercredi 26 mars 2025, la presse était conviée à une visite de l’abattoir de Digne-les-Bains en présence de Maryse Flandin, directrice de l’établissement, et de Bruno Acciaï, vice-président de Provence Alpes Agglomération délégué à l’agroalimentaire. L’occasion de faire le point sur le fonctionnement de ces équipements de proximité et sur leur avenir.

Des équipements d’exception dans un contexte national en mutation

En France, le nombre d’abattoirs est passé d’environ un millier dans les années 1970 à un peu plus de 200 aujourd’hui. Ce déclin s’explique, notamment, par la montée en puissance des abattoirs industriels qui remplacent progressivement les structures de proximité.

Or, cette évolution implique de nombreux défis pour les éleveurs et la filière agroalimentaire locale :

  • Augmentation du temps de transport des animaux, entraînant un stress accru pour les bêtes et une charge de travail supplémentaire ;
  • Difficultés pour faire abattre de petits volumes ou des espèces spécifiques ;
  • Mise en danger des circuits courts, de la production locale et de la traçabilité des bêtes.

Dans ce contexte, les abattoirs de proximité de Provence Alpes Agglomération constituent une ressource précieuse, offrant une solution adaptée aux besoins des petits éleveurs. Ces infrastructures jouent un rôle clé dans le maintien d’une filière éthique et durable et d’une production ancrée dans le territoire.

Contexte régional

La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur compte 10 abattoirs répartis sur cinq de ses six départements, à l’exception du Var. Le département des Alpes de Haute-Provence compte quant à lui trois abattoirs dont celui de Sisteron exclusivement dédié aux agneaux, et les deux abattoirs multi-espèces de Provence Alpes Agglomération situés à Seyne-les-Alpes et Digne-les-Bains.

ABATTOIR DE DIGNE-LES-BAINS

Un outil essentiel au service de plus de 300 éleveurs

Géré par Provence Alpes Agglomération, l’abattoir de Digne-les-Bains fonctionne grâce à une équipe solide et investie de 14 agents, dont :

  • 5 agents polyvalents dédiés à l’abattage
  • 5 agents dédiés à l’atelier de découpe (bouchers, emballeur, étiqueteur)
  • 1 bouvier
  • 1 apprenti
  • 2 agents administratifs

L’abattoir possède les agréments Viande Bovine Française (VBF) et Bio.

En 2024, il a réalisé 417 tonnes d’abattage, soit 32 tonnes de plus que l’année précédente.

Bovin, porcs, cabris, caprins, ovins, veaux, chevaux : les abattages sont réalisés sur toutes les espèces pour répondre aux besoins spécifiques des éleveurs locaux et soutenir l’ensemble des filières du territoire.

Près de 60 % de la production est ensuite traitée par l’atelier de découpe, qui transforme les carcasses en pièces prêtes à la vente, proposant également des préparations en saucisserie et haché salé.
Contrairement aux abattoirs industriels, qui imposent souvent des volumes minimums, l’abattoir de Digne-les-Bains s’adapte aux besoins de chaque éleveur, quelles que soient les espèces et la quantité de bêtes concernées.
Il compte ainsi pas moins de 300 clients, dont 75 % réalisent des abattages de 25 bêtes ou moins.
L’abattage des animaux provenant du territoire de l’agglomération représente 33%, soit un peu moins d’un tiers du tonnage annuel de l’abattoir, largement utilisé par les éleveurs des territoires voisins.

Un acteur indispensable pour l’agriculture paysanne

L’abattoir de Digne-les-Bains joue un rôle central dans la vie économique locale et la préservation de l’élevage paysan. Il répond à plusieurs enjeux majeurs pour les éleveurs mais aussi pour les consommateurs :

  • Limiter l’impact des transports pour les éleveurs du territoire

Une étude de Web-agri réalisée en mars 2024 révèle qu’un tiers des exploitations agricoles sont actuellement situées à plus de 100 km d’un abattoir. Cet allongement des trajets impacte la charge de travail des éleveurs, l’environnement à travers l’empreinte carbone générée, et le bien-être animal en raison du stress provoqué par les transports. En offrant une solution de proximité aux éleveurs locaux, l’abattoir de Digne-les-Bains contribue à limiter ces contraintes tout en garantissant une viande de meilleure qualité pour les consommateurs.

Lucas NICOLE, éleveur de porcs à Mirabeau (04)

  • Soutenir les circuits courts et la vente directe

Au service direct de tous les éleveurs, l’abattoir de Digne-les-Bains permet aux petits producteurs de vendre leur viande directement à la ferme, sur les marchés, ou dans des boutiques locales comme l’Étal des Trois Vallées à Digne-les-Bains.

  • Répondre aux besoins de la filière à l’échelle régionale

Le rôle de l’abattoir de Digne-les-Bains dépasse largement les frontières de Provence Alpes Agglomération puisque 67 % des abattages réalisés proviennent de clients extérieurs au territoire. Face à la raréfaction des structures de proximité, il offre un service essentiel pour de nombreux éleveurs des territoires voisins qui, bien souvent, n’ont pas d’alternative plus proche.

Un budget important pour la collectivité

Mis en service en 1952, l’abattoir de Digne-les-Bains est aujourd’hui un équipement vieillissant, nécessitant des travaux et investissements réguliers indispensables pour renouveler le matériel et répondre aux nouvelles normes.

Ainsi, depuis la reprise de sa gestion en 2017, Provence Alpes Agglomération a déjà investi plus de 570 000 € dans la modernisation de l’équipement.

Cependant, et malgré les travaux réalisés, certaines caractéristiques de l’abattoir ne sont plus adaptées aux pratiques actuelles. À moyen terme, une modernisation en profondeur, voire la construction d’un nouvel abattoir, semble indispensable pour garantir la pérennité de ce service essentiel.

Face aux enjeux financiers et structurels de l’abattoir, Provence Alpes Agglomération souhaite engager une étude prospective afin d’anticiper son avenir. Cette étude analysera en profondeur les questions de gouvernance, de financement et les perspectives de développement de cet outil essentiel pour la filière agroalimentaire.

ABATTOIR DE SEYNE-LES-ALPES

Fermé en 2022 en raison de difficultés de recrutement et d’un déficit d’exploitation, l’abattoir de Seyne a fait l’objet d’une réflexion menée par la communauté d’agglomération pour définir le mode de gestion le plus adapté afin de garantir son fonctionnement.

Cette démarche a abouti, en janvier 2024, au lancement d’un appel à candidatures pour la mise en place d’une délégation de service public. Ce dernier a porté ses fruits et une convention a été signée, en octobre 2024, entre Provence Alpes Agglomération, propriétaire des locaux, et la SCIC « Abattoir du Pays de Seyne », nouveau gestionnaire. D’une durée de cinq ans, elle permet de mettre à disposition de la coopérative un équipement modernisé et des conditions financières avantageuses pour soutenir le bon fonctionnement de l’abattoir.

Suite à la signature de cette convention, Provence Alpes Agglomération, qui avait déjà a investi 400 000 € dans la modernisation de l’abattoir depuis 2017, a réalisé un investissement supplémentaire de 30 000 € pour des travaux de remise en état (réfection des chaînes d’abattage, de la station de pré-traitement, remise en route du groupe froid et des chambres froides, de la production d’eau chaude, fermeture de la totalité de l’enceinte de la structure …). Ces travaux, réalisés fin 2024, ont permis d’assurer un redémarrage optimal de l’abattoir en janvier 2025.